Et si la question n'etait pas de sauver le monde ?
Updated: 3 days ago

Le Planetary Health Check 2026, présenté le 21 septembre, conclut que sept des neuf limites planétaires identifiées par les scientifiques sont désormais dépassées. L’acidification des océans a rejoint cette année le climat, la biodiversité, les cycles de l’azote et du phosphore, l’usage des sols, l’eau douce et les pollutions chimiques parmi les domaines sortis de l’espace considéré comme sûr.
Cela signifie que le risque de changements à grande échelle, persistants et potentiellement irréversibles, augmente, tandis que notre marge de manœuvre pour résoudre ces problèmes se réduit" dit l’un des auteurs.
Comment vivre lorsque des menaces qui pèsent sur notre avenir semblent à la fois immenses et largement hors de portée individuelle ?
Deux attitudes peuvent paradoxalement conduire au même résultat, le déni et le fatalisme.
D’un côté je peux minimiser : « On exagère, on trouvera bien des solutions. »
ou de l’autre me résigner : « C’est trop tard, le problème est mondial, que puis-je y faire ? »
Dans les deux cas : je ne fais rien.
Une étude récente menée auprès d’adolescents suédois fait d'ailleurs apparaitre une 3eme attitude qui concernerait les ¾ de l’échantillon : le retrait, c’est-à-dire ne plus trop vouloir savoir, ressentir ou agir. Une manière, peut-être, de se protéger de l’impuissance. Puisque je ne peux pas sauver le monde, autant détourner le regard.
Frankl propose une autre attitude.
Il ne nous demande pas de croire que tout ira bien, ni de porter le poids du monde sur nos épaules. Il nous invite à distinguer , dans la situation qui est la notre, ce qui ne dépend pas de nous de la réponse que nous pouvons encore choisir. Cela peut sembler très stoïcien, mais d’un stoïcisme existentiel . En effet pour Frankl il ne s'agit pas seulement de conserver sa maîtrise intérieure face à l'inévitable. L'existence me convoque. Je suis responsable d'une réponse singulière à une situation singulière. Le sens n'est donc pas simplement dans mon attitude intérieure : il se trouve dans le monde, dans une tâche, une personne, une cause, une manière de répondre à ce qui m'arrive.
La réponse ne sera par exemple pas la même si je suis un agriculteur ou un consommateur, un dirigeant ou un salarié, un parent ou un enfant, un citoyen ou un responsable politique . Mais elle existe et est singulière.
Et surtout, la valeur de ma réponse ne dépend pas uniquement de la garantie de son résultat. Je ne sais pas si mes choix suffiront, ni même quel sera exactement le monde dans trente ans. L’incertitude sur l’issue ne me dispense pas pour autant de choisir mon attitude et mes actes.
L’optimisme tragique de Frankl m’invite à refuser que la gravité d’une situation me condamne au fatalisme.
Entre « tout va bien », « je n’y peux rien » ou "il n'y a rien à voir", il reste donc une question très existentielle :
« Je ne maîtrise pas ce qui va arriver. Mais quelle est ma marge de manœuvre et quelle réponse ai-je envie d’avoir apportée ? »
Références.
Planetary Health Check 2026 – A Scientific Assessment of the State of the Planet, Potsdam Institute for Climate Impact Research . Publié le 21 septembre 2026
Marlis C. Wullenkord, Amanda Rikner Martinsson & Maria Ojala, “Coping for climate resilience: climate emotions, empathy, and nature connectedness predict patterns of pro-environmental behavior and impairment in adolescents”, Climatic Change, vol. 179, article 180, publié en ligne le 14 août 2026.






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