Quand la jeunesse manifeste...

Quand la jeunesse manifeste, réclame-t-elle seulement des moyens ou aussi un avenir ?
Depuis mi septembre 2026, des milliers de lycéens et d'étudiants manifestent en France. Manque d'enseignants, classes surchargées, établissements dégradés, difficultés d'orientation : les revendications sont concrètes. Le 5 octobre, plusieurs organisations étudiantes et lycéennes ont même présenté dix mesures d'urgence..
Mais derrière ces demandes se profile une interrogation plus fondamentale : quelle place notre société réserve-t-elle à sa jeunesse ? Quel avenir lui permet-elle d'imaginer ?
Une question existentielle : subir son avenir ou contribuer à le construire ?
Grandir, c'est découvrir un horizon de possibles. Mais comment se projeter lorsque l'avenir semble dominé par les crises, les contraintes et les incertitudes ?
Face à ce sentiment d'impuissance, deux attitudes semblent possibles : la résignation ou la révolte. Mais existe-t-il une troisième voie, celle d'une liberté qui se traduit en responsabilité et en action ?
L'éclairage existentiel : Frankl et Arendt
Viktor Frankl identifiait le fatalisme comme l'un des quatre symptômes de la névrose collective : ce sentiment fort que notre existence est déterminée par des forces auxquelles nous ne pouvons rien changer.
Manifester peut alors se comprendre comme un refus du fatalisme, c'est affirmer que rien n'est entièrement joué, que les décisions peuvent être contestées et l'avenir infléchi.
Mais pour Frankl, la liberté ne se limite pas à dire non et à contester ce qui est. Elle implique aussi de répondre à ce que la vie attend de nous, de choisir ce pour quoi nous voulons nous engager.
Encore faut-il que les nouvelles générations trouvent un monde dans lequel cette liberté puisse s'exercer.
Hannah Arendt, dans La crise de l'éducation, rappelle que les adultes portent une double responsabilité : envers les enfants qu'ils accueillent et envers le monde qu'ils leur transmettent. Éduquer, c'est assumer ce monde sans priver les jeunes de la possibilité de le renouveler.
La responsabilité est donc partagée : aux adultes et aux institutions de rendre l'avenir possible ; aux jeunes de contribuer à lui donner forme et sens.
La question que soulèvent ces manifestations dépasse alors les seules revendications matérielles : sommes-nous encore capables, ensemble, de faire de l'avenir une promesse plutôt qu'une menace ?
Le véritable enjeu existentiel n'est donc pas seulement de savoir ce que la société doit offrir à sa jeunesse, mais aussi quelle contribution celle-ci souhaite apporter au monde qu'elle reçoit.
Références
Le Monde – Les dix mesures d'urgence présentées par les lycéens et étudiants, 6 octobre 2026. https://www.lemonde.fr/campus/article/2026/10/06/etudiants-et-lyceens-presentent-une-plateforme-commune-de-revendications-appelant-a-des-reponses-immediates_6788827_4401467.html
Hannah Arendt, La crise de l'éducation dans « La crise de la culture »(Gallimard, 1972).






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